Cet article a été co-écrit avec une neuropsychologue.
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Oublier un mot, perdre le fil d’une conversation, chercher une date ou un nom qui « était sur le bout de la langue »… Ces situations font partie du quotidien de nombreuses personnes. Mais à partir de quel moment faut-il se poser la question de ses capacités cognitives ?
Notre cerveau traite chaque jour une quantité impressionnante d’informations : retenir, percevoir, comprendre, agir, répondre. Lorsque la mémoire à court terme, la concentration ou la capacité à se souvenir semblent moins efficaces, il est légitime de vouloir évaluer son état cognitif. Tester ses fonctions cognitives ne signifie pas forcément soupçonner une maladie : c’est souvent une démarche de prévention, de compréhension ou d’orientation.
Un test cognitif repose sur des épreuves structurées : séries de mots, images à reconnaître, actions à exécuter, lignes à relier, objets à nommer, dessins à reproduire. Chaque tâche mesure une fonction mentale précise : mémoire épisodique, attention, vitesse de traitement, raisonnement, praxie ou langage. L’évaluation neuropsychologique, réalisée par un spécialiste en neuropsychologie ou en psychologie, fournit un rapport clair, basé sur des données mesurées et comparables.
Ce bilan permet d’identifier un trouble, un déficit ou simplement un changement lié à l’âge, au stress, à la maladie d’Alzheimer ou à l’environnement. Savoir comment se déroule un test de mémoire, à quoi correspond le test MoCA, et comment interpréter les résultats est essentiel pour toute personne souhaitant comprendre son fonctionnement cognitif et agir au bon moment.
SOMMAIRE
- Comment tester ses capacités cognitives ?
- Où et avec qui tester ses fonctions cognitives ?
- Les différentes fonctions cognitives et leurs troubles
- Exemples de tests cognitifs et où les réaliser
- Quand passer d’un test en ligne à un bilan complet ?
- Pourquoi évaluer les fonctions cognitives ?
Comment tester ses capacités cognitives ?
Tester ses capacités cognitives consiste à réaliser une évaluation structurée de l’état mental, basée sur des outils validés de psychologie cognitive. L’objectif n’est pas seulement de “se tester”, mais de mesurer précisément différentes compétences mentales, compris la mémoire, l’attention, le raisonnement ou la perception visuelle, afin de tenir compte du fonctionnement cérébral global d’une personne.
Une évaluation basée sur des tests cognitifs standardisés
Un test cognitif ou un test neuropsychologique est conçu pour évaluer une ou plusieurs fonctions mentales à partir de tâches précises. Chaque tâche vise à mesurer une habileté :
- mémoriser des mots ou des images (évaluer la mémoire, dont la mémoire visuelle),
- compter, réciter des lettres ou donner une réponse rapide (temps de réaction, attention sélective ou attention divisée),
- relier des éléments, dessiner une figure, exécuter un mouvement avec la main,
- nommer des images ou répondre à un test de vocabulaire,
- résoudre un problème ou réaliser un test de raisonnement logique.
Ces épreuves sont basées sur le test classique utilisé en clinique, avec des consignes précises : compter 1 point par bonne réponse, respecter un temps donné, ou réaliser une tâche du même nom que celle décrite par le professionnel. Le score final permet une évaluation de la capacité cognitive, comparée à des normes selon l’âge, le niveau scolaire ou le contexte.
Où et avec qui tester ses fonctions cognitives ?
Un bilan cognitif se réalise dans un centre spécialisé, en cabinet libéral, à l’hôpital ou dans un lieu médico-social. Il est mené par un neuropsychologue, parfois à la demande d’un médecin, d’un neurologue ou d’un autre spécialiste. L’assurance maladie peut, selon la situation, prendre en charge une partie du bilan (notamment en cas de maladie neurologique, traumatisme crânien, suspicion de trouble cognitif ou suivi post-AVC).
La première séance consiste souvent en un entretien clinique, suivi de plusieurs séances de tests dont la durée varie (le bilan peut être long et dure parfois plusieurs heures). Le professionnel s’assure que le patient a bien compris chaque consigne, adapte le type de test, et tient compte de l’état émotionnel, de la fatigue ou du niveau intellectuel (haut potentiel, par exemple).

Les fonctions mentales reposent sur des réseaux cérébraux complexes et ne correspondent pas à des zones strictement délimitées du cerveau.
Que mesurent réellement ces tests ?
Les tests cognitifs permettent d’explorer un grand nombre de fonctions :
- la mémoire (évaluer la mémoire épisodique, verbale ou visuelle),
- l’attention (sélective, divisée, mise à jour),
- les fonctions exécutives (flexibilité cognitive, résolution de problèmes, raisonnement), en lien avec le cortex préfrontal,
- le langage, la perception auditive et visuelle,
- les praxies et les compétences gestuelles,
- parfois le quotient intellectuel ou un haut niveau de performance sur certaines tâches.
Ils sont utiles pour détecter un trouble, suivre l’évolution d’une maladie, objectiver une plainte, ou orienter vers un traitement, un entraînement cognitif ou une offre de stimulation cérébrale adaptée.
Les différentes fonctions cognitives et leurs troubles
Les fonctions cognitives regroupent l’ensemble des processus mentaux qui permettent le fonctionnement du cerveau au quotidien. Elles sont indispensables pour percevoir, comprendre, mémoriser, raisonner, communiquer, agir et s’orienter. Lorsqu’une difficulté apparaît, tester et évaluer ces fonctions devient une étape utile pour mesurer un niveau cognitif, identifier un déclin cognitif, ou assurer un diagnostic fiable du patient.
L’attention
L’attention correspond à la capacité à rester concentré sur ne tâche tout en évitant les éléments parasites, ainsi qu’à dédoubler son attention pour faire correctement 2 choses en même temps.
Un trouble de l’attention se traduirait de plusieurs manières :
- Distractabilité, déconcentration rapide
- Facilement perturbé.e par le bruit
- Incapacité à suivre un film jusqu’au bout
- Passer du coq à l’âne dans une conversation
- Perte du fil d’une discussion
- Besoin de séquencer une tâche en plusieurs sous-tâches pour pouvoir arriver correctement à la fin
- Fatigabilité, somnolence
- Lenteur, ralentissement dans la réalisation de tâches.
Mémoire de travail
C’est la capacité à retenir et à manipuler mentalement des informations pendant quelques secondes. Cette mémoire est impliquée dans la lecture, dans le calcul… C’est la mémoire à court terme, elle même la porte d’entrée vers la mémoire à long terme.
Un trouble de la mémoire de travail impacteraient les activité quotidiennes de cette manière :
- Les informations ne passeraient pas en mémoire épisodique (mémoire à long terme).
- Oubli au fur et à mesure de la journée, les informations ne sont pas retenues.
- Nécessité de noter pour ne pas oublier.
- Incapacité de tenir un budget.
- Difficultés pour suivre des conversations quand les phrases sont trop longues.
- Le sujet passe du coq à l’âne dans une conversation.
- Difficultés à s’organiser.
Mémoire épisodique
Elle permet d’enregistrer et de récupérer des informations de nature visuelle ou verbale. La récupération se fait généralement à l’aide d’indices présents à l’enregistrement.
Si la mémoire épisodique est altérée, cela peut se traduire par :
- De l’oubli au fur et à mesure (perte des information après un laps de temps court)
- Nécessité de noter pour ne pas oublier
- Non respect de consigne importantes
- Perte d’objets
- Oublis de ce qui a été fait il y a quelques jours
- Difficulté pour se remémorer ce qui a été vu à la TV
- La personne se répète quand elle parle
- Les informations doivent être répété plusieurs fois pour que la personne les mémorise
- Oublis handicapant au quotidien (lunettes, pilullier, clefs, alors qu’ils sont toujours rangés au même endroits)
Fonctions exécutives
Ce sont les capacités de raisonnement, de planification, de flexibilité mentale et de prise de décision. Mais aussi la capacité générale d’adaptation et de mise en place de stratégies efficaces.
Au quotidien, un trouble de ces fonctions peut se traduire de la sorte :
- Impulsivité, intolérance à la frustration
- Erreurs de jugement
- Difficultés pour s’adapter aux changements
- Difficultés pour prendre une décision
- Manque d’initiative
- Tendance à être désorganisé.e
- Perdu dès qu’il y a du nouveau dans la vie quotidienne
- Incapacité d’anticiper
- Difficultés face à l’imprévu
- Tendance à la persévération et aux rituels dans les actes
- Difficultés pour organiser correctement les actes quotidiens (repas, ménage, courses, etc)
- Difficultés à mettre en place un programme ou un budget.
Fonctions visuo-spatiales
Il s’agit là de notre aptitude à structurer l’espace , à percevoir le monde en 3 dimensions, à se repérer dans l’environnement, à effectuer des dessins… Ce sont les capacités de notre cerveau aidant à la coordination occulomotrice.
En cas d’altération des fonctions visuo-spatiales, on peut rencontrer ce genre de situation :
- Des difficultés à se repérer dans la rue, à comprendre/visualiser un itinéraire, tendance à se perdre
- Incapacité à lire une carte
- Conduite automobile perturbée
- Difficulté à lire le journal
- Incapacité à reproduire des dessins
Praxies
La praxies est la capacité à effectuer des gestes, au-delà de la fonction moteur (s’habiller, manipuler des objets, faire des signes symboliques), capacité à dessiner spontanément ou en copiant… Les troubles sont donc assez simples :
- Incapacité à utiliser correctement les objets de la vie courante (couteau, téléphone, brosse à dent…)
- Difficultés pour boutonner les vêtements, faire ses lacets…
- Incapacité à recopier un dessin simple (cube) ou complexe.
Gnosies
On ne se demande jamais comment notre cerveau retient simplement et reconnait aisément les objets du quotidien. La gnosie est la faculté de reconnaitre par un sens (vue, toucher…) les objets, les visages, et à les identifier. C’est comprendre ce que l’on voit, ce que l’on touche. C’est aussi la capacité à à reconnaître son niveau de performance cognitif.
Des troubles de la gnosie peuvent avoir diverses conséquences sur notre quotidien, comme
- Non reconnaissance d’objet familiers (agnosie visuelle)
- Non reconnaissance de visages familiers (prosopagnosie)
- et la non reconnaissance de son trouble cognitif (anosognosie).
Langage
Le langage est, simplement, notre capacité à comprendre l’autre, à s’exprimer, lire et écrire. Les troubles de compréhension. de propos dits oralement ou écrits, des difficultés pour articuler ou un débit de paroles inadapté peuvent témoigner d’un trouble du langage. On trouve aussi dans les « symptômes » : des discours vides d’information, difficultés pour lire et écrire, incapacité à tirer des informations d’un document, chercher constamment ses mots…
Cognition sociale
La cognition sociale est relative au comportement et aux émotions. C’est le processus permettant la reconnaissance émotionnelle, la détermination des intentions d’autrui, et l’empathie. Simplement, au quotidien, cela peut se traduire par :
- Un comportement inadapté en société (difficile de prendre en compte le point de vue des autres),
- L’incompréhension de certaines formes d’humour (comme le sarcasme, l’ironie par exemple)
- Les sous-entendus sont difficilement perçus
- Incompréhension des expressions faciales émotionnelles.

Exemples de tests cognitifs et où les réaliser
Il existe un grand nombre de tests cognitifs, mais tous n’ont pas la même valeur selon l’objectif recherché. Certains outils permettent une première auto-évaluation, utile pour se situer, tandis que d’autres tests, plus complets, doivent impérativement être réalisés par un professionnel de santé dans un centre spécialisé.
Tests cognitifs accessibles en ligne (première approche)
Ces tests peuvent constituer une première base pour stimuler ses fonctions mentales ou repérer une difficulté, mais ne remplacent pas un bilan cognitif.
- Test MoCA (Montreal Cognitive Assessment, gratuit)
Test classique, basé sur le test original, évaluant plusieurs fonctions : mémoire, attention, langage, perception visuelle, flexibilité cognitive et raisonnement. Il est souvent utilisé comme outil de dépistage.
- Test MMSE (Mini-Mental State Examination, gratuit)
Évalue l’état mental global : orientation, mémoire, calcul, langage. Le score final permet de compter 1 point par réponse correcte.
- Batteries d’exercices cognitifs (entraînement, gratuit)
👉 Jeux de mémoire et exercices cognitifs
👉 Fiches pratiques, ateliers mémoire
Outils numériques proposant des exercices de stimulation cognitive (mémoire, attention sélective, temps de réaction). Utiles pour l’entraînement, pas pour le diagnostic.
Tests neuropsychologiques réalisés par un professionnel
Les tests suivants sont réservés aux spécialistes (neuropsychologue, psychologue formé) et font partie d’un bilan neuropsychologique complet. Ils sont réalisés en séance, selon un protocole précis.
- RL/RI-16 items : évaluer la mémoire épisodique verbale
- Empans (WAIS-IV) : mémoire de travail, attention
- Test des cloches : attention sélective et perception visuelle
- Stroop Victoria : inhibition cognitive, flexibilité
- Trail Making Test (TMT) : attention divisée et flexibilité cognitive
- Figure de Rey : mémoire visuelle, planification, visuo-construction
- DO80 : dénomination d’images (langage)
- Fluences verbales : flexibilité mentale et accès lexical
- VOSP lettres dégradées : visuo-perception
- Histoires de Luria : raisonnement logique simple
- Batteries praxiques (BBEPG) : gestes et mouvements
Ces tests sont particulièrement indiqués en cas de maladie neurologique, de suspicion de trouble cognitif, après un traumatisme crânien, ou pour objectiver une plainte cognitive chez un patient, quel que soit son niveau (y compris haut potentiel).
Quand passer d’un test en ligne à un bilan complet ?
Si les résultats d’un test en ligne semblent inhabituels, si les difficultés persistent, ou si l’impact sur la vie quotidienne devient réel, il est recommandé de prendre rendez-vous avec un neuropsychologue. Lui seul pourra assurer que le patient a bien compris les consignes, interpréter les scores, tenir compte du contexte et proposer une prise en charge adaptée.
Un test est un outil, mais le bilan cognitif reste la référence pour comprendre, évaluer et accompagner durablement les capacités cognitives.
Pourquoi évaluer les fonctions cognitives ?
Un bilan neuropsychologique, réalisé par un neuropsychologue ou un professionnel de santé, permet de mesurer précisément chaque fonction, d’établir un lien entre les difficultés observées chez le patient et leur origine neurologique ou psychologique, et de proposer un traitement, un entraînement cognitif ou une orientation adaptée.
Ces évaluations s’inscrivent dans une démarche globale de santé cognitive, en tenant compte du mode de vie, du niveau intellectuel, du contexte et parfois de données issues de l’imagerie cérébrale.
Tester, comprendre, puis agir
Tester ses capacités cognitives n’est pas un examen scolaire ni un simple exercice à faire chez soi. C’est une démarche structurée, menée par un professionnel, qui permet de mieux comprendre son fonctionnement mental, de stimuler ses compétences, et d’agir au bon moment. Si un doute existe, le plus pertinent reste de faire appel à un spécialiste.
Merci de ne pas rester seul face à ces questions : un bilan bien réalisé est souvent une base essentielle pour le développement, la prévention et l’accompagnement cognitif.